Carnet de Pilotage : RALLYE #1


EQUATION DEMENTIELLE : Rallye Hivernal Classic + 911 groupe 4 + moi pilote + Laetitia copilote = immense plaisir, délicieuse adrénaline et riche inspiration.

IMG_4671MERCI ! Tout d’abord, un immense Merci à André Caruso, Olivier Caruso et toute l’équipe du Garage Caruso & Fils pour la confiance et la générosité de ce cadeau. Ensuite, il est important d’ajouter que l’ensemble de ma formation comme Moniteur chez Drive Control, ajouté au temps passé à droite (le jour) et à gauche (la nuit…) sur la piste en terre de Monteils à joué un rôle déterminant dans ma performance, la sécurité et le plaisir au volant. Merci donc aussi à Drive Control, particulièrement à Christian, Laurent, Kimi et les copains du coin. Enfin, il faut souligner l’audace et la sportivité de ma compagne qui m’a juste épaté dans cette nouvelle expérience.

Reprenons, place au récit maintenant. C’est un Carnet de Bord Pilotage non?

Samedi, depart à 7h du garage. Faire vrombir ce moteur d’exception aux aurores c’est une extase violente. On rejoint le depart à Golfe Juan. Vérifications technique et administratives sont des formalités. Tout est clair, net, précis, conforme. En écrivant ces lignes, je revois André qui, aux aurores, est venu plus tôt pour remplacer une pièce qui le tracassait sur le moteur, il nous accueille avec sa décontraction habituelle alors qu’il est tranquillement et à la dernière minute entrain de remplacer cet élément pour nous assurer la meilleure fiabilité.  C’est des tranches de vie ça! Des bonnes et belles tranches de vie.

Golfe Juan, Théatre de la Mer (bucolique non?). 8h30, départ. Pas eu le temps de tout coller sur la carrosserie on part un peu à l’arrache. A peine sorti du parc, je m’arrête, appel André et lui dit, je peux y aller? Il rigole et me dit de tracer. J’ai eu l’impression d’être un oiseau qui, porte de sa cage ouverte, hésite à sortir. Émouvant et drôle, jusqu’au bout, la dernière dernière minute, je me suis comporté de façon étrange, je ne réalisais pas, vraiment pas. Trop beau pour mon imagination ce cadeau.

Liaison. Je file, je me presse, direction Entrevaux. Superbe citée médiévale située au pied d’une célèbre spéciale : Le Col des Félines. Le temps et chaud et sec pour la saison. Montée en pneus thermogomme étroits avec plus de 300 chevaux, autobloquant, il va falloir doser…

Pit stop esthétique. Il manque sur la voiture une bonne partie des auto-collants donnés par l’organisation (pas eu le temps de les poser), on corrige ça peu avant le départ de la première monte dans la spéciale. Au passage, je constate que j’ai égaré une des plaques du Rallye. Je garde donc la seconde précieusement à l’intérieur de l’habitacle. Heureusement que les organisateurs sont souples sur ce point, c’est appréciable.

Extase. Deux montes au programme ce matin. C’est la spéciale dite du Col des Félines. Au programme du Rallye Monte-Carlo, d’une longueur d’environ 9km, elle a la particularité de partir du village et de revenir au village par une petite liaison. Parfois c’est à se demander si les gars de la DDE n’ont pas fait exprès pour notre bon plaisir de tracer ces routes magiques.

 

Mr IMG_4646GAMBINA : L’organisation est au top, les bénévoles et concurrents sont charmants et accueillants. J’apprécie et vous recommande. L’idéal pour mettre un pied dans l’univers du Rallye. En presque 20 ans d’activité, ce M. Gambina et ses équipes ont permis à de nombreux passionnés de goûter et apprécier les Rallyes. Je vous invite à découvrir leur site et participer en suivant ce lien. Le parc est hétérogène, très varié et intéressant. M3, escort RS Cosworth, Sierra Cosworth, R5 turbo, Berlinette Alpine et j’en passe… Une quarantaine d’engagés. De la régularité qui a un goût étrange de Rallye au chrono… Personne ne semble avoir décidé de réaliser la moyenne à 49 km/h parfaite aujourd’hui…Plus sérieusement,   l’ensemble des épreuves dites de régularités se déroulant sur une spéciale fermée à la circulation, il devient possible et sûr pour chacun de rouler à sa main. J’ai la conviction que la majorité a naturellement tenté de prendre le maximum de plaisir et donc, ce qui est naturel en la matière, de rouler au meilleur rythme. Cela se voit dans l’évolution des chronos qui, mis à part celui de certain métronomes, sont en nette progression de passage en passage.

Rouler à sa main : j’adore l’expression et l’émotion contenu dans ses mots.

TECHNIQUE : il va en falloir pour mener cet animal à un rythme correct sur cette route totalement inconnue en toute sécurité. Indispensable, il faut avoir Un pied de velour et un œil de lynx* pour bien évaluer les points de freinage et trajectoires (*expression sous copyright de Drive Control). Cela fait plusieurs jours que, réalisant peu à peu ce qui m’attend, j’essaie d’imaginer son comportement, ses réactions à mes actions, mes émotions et sensations. Une Porsche 911 groupe 4 de 980 kg pour plus de 300 chevaux en injection mécanique, le tout posé au sol sur des pneus thermo-gommes en 15 de pas plus de 195 de large, c’est tout de même un cocktail à même de faire danser n’importe qui non? Si on ajoute à ça un très bon autobloquant et une mise au point du châssis faite par M. Delecour en personne, je pense que je tiens probablement un moment absolument singulier dans mon parcours de pilotage. Comme je l’ai dit à Laetitia à la fin du Rallye : « Chérie, je te préviens, ensuite tout sera à la fois bien et moins bien, tu as commencé par l’exceptionnel. Cela n’en sera pas moins intéressant, mais tout sera probablement moins performant ».

5,4,3,2,1 C’EST PARTI ! 

IMG_4671

OUTCH ! Quelle claque! 9 km s’offrent à moi sur cette route fermée. Je m’applique, découvre le tracé et la voiture jusqu’à cette épingle où tout s’arrête : PANNE, petite panne mais panne ! J’ai toujours gardé mon calme d’une façon proportionnelle à la gravité d’une situation. Alors là, imaginez, je réalise plus qu’un rêve est au bout de quelques épingles tout s’arrête! Et bien, je reste super zen, mais zen de chez zenzen fabriquant de calmants pour gens zen. Le moteur s’est coupé. Je relance 3 fois, sort, permute les bobines et c’est reparti. Hors de question de risquer de le noyer par un excès de carburant. Là il aurait fallut sortir et sécher les bougies, ça, c’est sûr, ça ne se fait pas en spéciale. Non, une fois la logique envisagée, il y a de l’air, de l’essence, bon ben, c’est qu’il n’y a pas d’allumage (j’entends encore Olivier Caruso me l’expliquer et ainsi partager avec moi ce qui rend aussi beau ces mécaniques où les capteurs divers et variés n’ont pas mis les pieds, la nature est à l’oeuvre, de la combustion interne dans un moteur, pure et simple).  Le chrono est foutu mais du coup, le passage devient une reconnaissance sans objectif de temps. J’aurais un second passage ce matin pour chercher de la performance. Tout content de ne pas être resté en panne avant même d’avoir plus roulé que ça, je me réjouis et rejoins le depart pour le deuxième passage du premier jour. En fait, c’est le point faible des bobines Porsche actuelles, fabriquées au Brésil, leur fiabilité est aléatoire, surtout autour d’une centaine de kilomètre, comme celle ci qui a roulé au Var (écourté à cause de l’alternateur). Le montage prévoit de pouvoir permuter, ce que je fais pour repartir de cette épingle et poursuivre notre aventure mécanique. J’avais tenu à réviser la procédure avant de partir, mon instinct me guide bien. Une expérience de plus qui pourra être utile en assistance rapide dans des Rallyes Historiques.

COL DES FELINE #2 : Deuxième passage. Il servira de temps de base, ce que j apprend plus tard. 8’14. J’ai pris le départ en pensant qu’il n’y avait pas de chrono dans le but de s’affranchir des contraintes associées à cela au niveau légal et fédéral. Je me trompais, il s’agit de régularité sur route fermée. Ce qui n’est pas le cas de toutes les épreuves VHRS et qui est absolument formidable. Au moins, on peut rouler vraiment à sa main et sur une trajectoire dessinée en toute liberté sur l’ensemble de la largeur de la route. TOP! A ce propos, difficile de mémoriser tout le tracé. L’adrénaline et la joie du moment doivent amplifier ces difficultés. Je retiens surtout les pièges et le tempo des différents secteurs que je différencie par l’environnement, le relief en bord de route, boisé, rocailleux, rails, murets, humidité. Priorité à la prudence, cette auto est trop précieuse, représente trop de travail pour risquer quoi que ce soit. Je me régale dans les épingles, vraiment ça j’ai adoré, c’était le truc ou avec une visibilité maximale je pouvais piloter sans aucune réserve. Inscription au transfert, supprimer le sous-virage, minimiser l’angle de braquage, accélérer proportionnellement au débraquage , tendre ma trajectoire de sortie et passer toute la puissance au sol malgré mes pneus arrières étroits. J’ai repensé aux discussions avec Manu Guigou qui m’expliquait préférer freiner bien droit et bien tard là où d’autres pouvait s’appliquer à danser dans une manoeuvre d’appel, contre-appel absolument inutile vu l’adhérence au sol disponible. Sentir l’auto piqueuse, le nez chargé, le train avant comprimé et efficace aller vivement à la corde avec le train arrière léger et à la limite du survirage, GRRRRRR….Un régal. Enchaîner ensuite les rapports, ajouter un double pédalage pour faciliter l’engagement tout en minimisant la perte de régime et donc l’accélération. Je décortique et m’applique. Grands moments, inoubliables.

IMG_4669

L’AGE DE GLACE #1 : Maintenant, on part pour St André les Alpes. Regroupement. Déjeuner puis départ pour Allos et son circuit glace. La température est élevée. 3 séries nous attendent de 10 à 15 minutes chacune. 5 voitures en piste par session. A chaque départ, je me range pour laisser passer les 4 autres voitures et ainsi me retrouver dernier pour ne pas risquer de subir l’arrivée d’une auto qui viendrait nous heurter. Je préfère être dans la situation de celui qui évite plutôt que celle de celui qui craint un bon gros sous-virage d’un véhicule suiveur qui resterait les yeux rivés sur nous jusqu’à nous heurter. J’ai bien fait, d’autres ont fini avec de la tôle froissée. Dont la voiture 0, faut le faire non?  Je l’aurais pour ma part très très mal vécu. Précautions donc. Au début, la température élevée rend la piste comparable à une baignoire où notre voiture serait une savonnette. La glace est couverte par une couche d’eau. C’est photogénique mais ça glisse trop avec ces pneus. Hors de leur fenêtre de température, dénués de clous, cela revient à faire glisser une savonette dans une baignoire. Mon objectif sur la première série est de cerner les limites. Très proches. Et d’explorer la dynamique de la voiture, donc c’est tête-à-queue à volonté, sous-virage interdit. Je serais servi… Un par virage pour finir à un par tour comprennant 4 virages. Une statistiques qui fait flipper mais qui était recherchée parce qu’instructive (merci Lolo). Public ravi. Deuxième série, boucler des tours propre. Réussi, sauf quand la nostalgie du 69 me gagne et le coup de gaz gourmand survient. Derniere série top, de belles glisses entretenues à l’accélérateur après une inscription franche par freinage dégressif très léger. Plus il faisait froid, plus le grip des pneus était bon. Instructif, tout simplement ressentir l’impact de la fenêtre de fonctionnement d’un pneu contact et passer de l’enfer au paradis ! Dans la dernière série, il faisait nuit et les sensations en étaient que meilleures, j’adore piloter dans l’obscurité, les sensations n’en sont que plus claires. Je suis pas loin d’accoucher d’un nouveau proverbe. Après « le pilotage sur terre est aussi propre que la terre est sale », je pourrais dire : « le pilotage dans l’obscurité est aussi sombre que les sensations sont claires »… ou quelque chose comme ça, bref, c’est l’idée!

PAUSE. Direction parc fermé. Diner fondue et repos. Demain ça repart pour 2 passages dans le Col des Félines suivi d’un gymkhana sur le bord de mer de Golfe Juan !

REPLAY. A nouveau 2 passages dans la spéciale. Très bonne concentration à l’abord de la première. Mon pilotage est fluide, je suis toujours dans l’anticipation, je n’ai rien a corriger d’imprévu. Je tend mes trajectoires mais je ne mémorise pas assez vite le tracé. A moins que ce soit mon soucis de limiter les risques. Par précaution je sacrifie chaque virage où j’ai le moindre doute. Mon chrono s’améliore légèrement et surtout la façon de l’obtenir m’est simple et confortable.

IMG_4555ZUT. Objectif, maintenant finir par un meilleur chrono. Malheureusement je m’autorise une pause café et doit l’écourter pour sauter dans la voiture plus tôt que prévu. Ma concentration est imparfaite. Du coup, je suis plus en réaction qu’en anticipation. Au final je pose un 8’08 ». Deuxième temps absolu des 4 montes. Je suis déçu car je voulais le scratch. A ma décharge je ne connaissais pas la spéciale, peu l’auto et surtout, je voulais rendre la voiture en parfait état.

IMG_4573FAN. Contrat rempli et performance correcte, construite sur la technique dans un soucis de préserver la voiture tout en prenant du plaisir, partagé avec ma compagne copilote. Une révélation d’ailleurs. J’ai hâte de la tester avec des notes. Très complice, elle me connaît, me ressent, me parle et aime l’adrénaline. Prometteuse.

 

 

CONCLUSION : je veux courir à nouveau.

IMG_4662MERCI. Un immense MERCI à la famille Caruso pour ce précieux cadeau qui à fait vivre à mon couple des moments inoubliables l’espace d’un week-end. Mémorable.

 


A propos de Julien GUYOT

Moniteur de Pilotage et organisateur de stage, terre et asphalte. Formé chez Drive Control. Je travaille aujourd'hui à 80% sur la terre et 20% sur l'asphalte.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *