Eau de Spa


Découverte de Spa-Francorchamps

2006. Club Porsche de Genève. Spa Francorchamps days. Porsche 911 3.2 1987.

Bientôt 10 ans déjà. Il est peu avant 9h. Avec l’ensemble du groupe rencontré ce matin là aux abords du circuit, nous accédons au paddock pour la première fois de ces 3 journées un peu folles, inoubliables à vrai dire. Je suis au volant de ma 911 3.2 jaune (1987, G50). Je baisse ma vitre et salue le gars qui lève la barrière. Entre celle ci et l’entrée du tunnel qui mène au paddock je pense à ce que je viens de voir. Nous avons tourné à gauche au rond point pour faire le tour et redescendre vers l’entrée située dans l’axe du Raidillon. La piste est couverte d’humidité. C’est pourtant le mois de mai, mais nous sommes en Belgique… et à Spa, ça change tout! Je réalise que je vais m’élancer pour la première fois de ma vie sur cette piste.  Les années Schumacher sont encore un fait d’actualité, contemporain, avec ses multiples victoires ici. Combien de fois ai-je rêvé de cette piste devant ma TV? Le Raidillon m’attend, et il est couvert de rosée! Eau de Spa au réveil… Je me demande si tout ceci est bien raisonnable. 10 ans plus tard, la réponse est oui ! Absolument.

3 jours plus tard c’est plus de 100 tours que j’ai bouclé sur cette piste exceptionnelle.

J’étais dans la petite catégorie dite Sport. Toutes les heures, j’avais une demi-heure devant moi pour en faire le tour, des tours, le tour. Bref, limer, affiner, frissonner, savourer. Il n’y a pas un souvenir plus précis qu’un autre. Tout s’est mêlé dans une sensation agréable. De celles qui donnent la fierté d’avoir osé  faire et d’avoir passé un moment intense, du début à la fin dans des conditions merveilleuses. Pleines de chaleur, de convivialité, de passion.  Concentré, appliqué à piloter au mieux avec ce que j’en avais compris à ce moment là. Je n’avais pas encore cerné le pilotage aux limites d’adhérences mais je savais m’en approcher et ne pas les dépasser.

La règle n°1 c’était de rentrer avec la voiture. Pas de joker.

Je me souviens aussi particulièrement  bien d’un baptême en passager de Martin Stucky au volant d’une 911 moderne, 997 Carrera. Les 3 jours touchaient à leur fin, lui, il hurlait sa joie de négocier parfaitement Pouhon. Mais quand je dis hurler c’est hurler! Ce qui revient, pour résumer, à s’en extraire à fond, les roues droites, légérement sur le vibreur. Pouhon, c’est un double gauche de légende : Négocié avec le même angle de volant du point de braquage , situé à deux longueurs de voiture de la fin du vibreur extérieur, jusqu’ au premier point de corde avec une belle accélération constante, un bon filet de gaz, à la limite du sous-virage. Puis, atteindre le point de corde suivant à l’aide d’une accélération progressive et dosée pour finir, au point de sortie, plein gaz, les roues extérieures légèrement sur le vibreur, volant droit. Ensuite, maintenir cette accélération  pleine et généreuse jusqu’au point de braquage suivant en ayant traversé la piste, du bord droit à l’extrême bord gauche. Bout droit qui vu la vitesse, parait plus bout que droit d’ailleurs. Passion de la ligne idéale quand tu nous tiens… Reste à hurler comme lui, mais ça c’est inimitable, comme lui d’ailleurs. C’est d’ailleurs Martin qui illustrera le comportement d’une 911 de mots justes que je partagerai souvent à mon tour lorsque je serais comme moniteur dans cette voitures fantastique :

Une 911, quand c’est piloté correctement, ça rampe!

Il me revient aussi les conseils bienveillants de Claude. Grand amateur de Porsche et d’Audi Quattro. Dans le Raidillon, il me dit alors : « tu vois, là il faut plus lui en mettre beaucoup plus… » (avec un chaleureux accent Savoyard, très prononcé). En fait, le train arrière commençait à danser dans la remontée malgré la charge maximale à l’accélérateur et l’absence quasi totale d’angle au volant. Il était tant de quitter le vibreur de droite, tout en haut pour voir apparaitre celui situé à gauche, peu avant de s’en sortir à près de 170 km/h dans l’axe de la ligne droite suivante. Ce qui, pour les maigres 214 chevaux de ma 3.2 modèle US était pas mal. Nous revenions alors sur une volée de 993 dans la ligne droite. Jubilatoire. C’est un panard absolu que de quitter une corde a destination d’une autre encore invisible au moment ou l’on débraque. Là, telle une récompense on peut entendre le son sourd et vibratoire des roues gauches qui enjambent ce vibreur avant que ne débute la ligne droite de Kemmel. Longue, interminable et en monté.

Autre visage, il y a aussi Wulf est sa 993 RS. Nous battrons ensemble son record du tour. Cette année là.  Faut dire que je me sentais bien à côté et le stimulait un peu beaucoup dans le Raidillon (plus tard, en 2013, en stage formation moniteur,  c’est à plus de 277 km/h que nous attaquions le freinage au bout de Kemmel dans sa 996 GT2). Lui, c’est vraiment un de ceux dont j’admire la dextérité au volant, un artiste.

Revenons à 2006. A la fin, vu que le voiture marchait toujours nous ferons même un détour par la Nordschleife pour ensuite rentrer à Nice en passant par la Savoie…   Mes Yokohama 048 étaient rincés. Mes soufflets de cardan déchirés. Une bonne révision s’imposait. Mais cette voiture d’exception ne broncha pas et n’avoua ses courbatures qu’une fois au Garage Caruso. J’étais avec Sylvain, le même ami qui m’a fait découvrir ce qu’une Porsche peut faire de mieux entre chez soi et chez soi :  rouler sur piste. Plus tard, été 2012, il prendra peur quand je lui dirai vouloir tout bousculer dans ma vie professionnelle. Mais me félicitera ensuite d’avoir osé changer de vie pour devenir moniteur de pilotage.

Conclusion ?

Finalement, la boucle n’était pas encore bouclée mais j’en avais un bout dans chaque main

Je n’étais pas membre du Club Porsche de Genève mais ils avaient su m’accueillir comme ci. Cette simplicité et cette générosité dans le partage de la passion des Porsche et du pilotage c’est une valeur encore présente dans le club et c’est une valeur sur laquelle je base mon travail d’aujourd’hui pour ce même club. D’ailleurs, c’était écrit sur de nombreuses voiture du Club :

Just for Fun

 

 


A propos de Julien GUYOT

Moniteur de Pilotage et organisateur de stage, terre et asphalte. Formé chez Drive Control. Je travaille aujourd'hui à 80% sur la terre et 20% sur l'asphalte.

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