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J’ai bien réfléchi. Plutôt que de chercher à vous faire ressentir cette course par un style recherché servant le récit, j’ai choisi de vous livrer brut de prise de note mon récit tel que je l’ai noté au jour le jour. Vous ne trouverez que les premiers jours. Le tourbillon de la course m’a ensuite emporté…

On dresse le tableau : Maroc, version « routes à rouler à fond de train ». Porsche, version terre, la Gazelle entre en piste! Frank, pilote Suisse et ami, un YES Man, un pur, un vrai. Martine, la co-pilote rêvée pour tout gentleman driver en VH. Ex-Andruet, une référence au yeux de qui, briller est l’équivalant d’un oscar. André Caruso, le moteur qui me pousse dans le dos sur la piste de ma passion comme un flat 6 déchaîné. Eric Minot, le mécano à la puissance de travail ahurissante, fort de 10 ans d’expérience d’assistance course et de préparation mécanique. Alias, Looping. Moi, cinquième mois d’activité depuis que ma carte professionnelle est en main, l’avalanche est en route. Ce Maroc vient récompenser mes efforts dans une direction cohérente dont les mots clefs sont : Porsche, Terre et Pilotage. Ma mission : assistance rapide, coaching du pilote, reportage photo et service (nourritures, boissons, bagages). Un mix flou que je vais tenter de rendre suffisamment  productif par mon travail pour justifier de ma participation.

13 mai – cap sur Barcelone : On part très à la bourre. Disons 11h… Juste trop court. On a pas le temps d’arriver en avance mais le temps d’y être à temps. Le GPS annonce 17h30 au port de Barcelona. Nous arriverons à 17h15… Bons derniers. L’avantage d’un pays Latin c’est qu’alors que la barrière est baissée, que plus personne n’est à son poste pour l’admission des véhicules sur le quai d’embarquement… Un agent vient avec le sourire nous ouvrir et nous joindre à ceux qui sont arrivés à l’heure, soit 15h30 pour la plupart….Nous venons d ‘arriver juste à la dernière minute pour embarquer tout en nous épargnant plus de 2h d’attente. Just in time comme on dit. Les formalités sont expédiées rapidement. Vive la flexibilité latine! Nous remplissons les premières fiches nécessaires au traitement administratif de notre qualité de migrant pour la bonne cause, celle du sport automobile en terres Marocaines. Nous voilà à bord du « Fantastic », vieux beau, probable ancien bateau de croisière à la superbe piscine vide entourée de Marocains fumants et recouverte d’un filet anti-chute rendu nécessaire par la mention « interdit de plonger » écrite au plafond… Il est temps de rappeler les péripéties du trajet avec la boîte robotisée « à surprise » du Renault Trafic qui préféra, à 3 reprises, le point mort à l’effort. Pas pratique quand on est lancé en côte avec des poids lourds autours… Ou la chute de la rampe de la remorque supportant notre immatriculation alors que nous roulions. Heureusement retenue par son dernier support valide et les fils des feux arrières…. Jusqu’ici, tout va bien…Statistiquement c’est positif, on écluse notre quota de poisse avant le début d’un rallye que je sens absolument génial. J’ai hâte que la course commence!
14 mai – jour de mer : Embarqué la veille à 18h pour une navigation vers Tanger, nous devrions arriver à 21h. Un léger retard qui devrait nous permettre de manger sur la bateau avant de rouler toute la nuit en direction d’Agadir. Un moment propice au repos, bercé par les flots. Nous disposons d’une cabine pour trois. Petite mais confortable et propre. Elle nous permet de dormir et travailler calmement. Hors de notre cabine, au grès de nos rencontre, je fais la connaissance d’autres acteurs de l’assistance de ce rallye embarqués sur ce navire et connaissant André. C’est un tout petit monde dont une bonne partie semble prendre un grand plaisir à socialiser, partager, discuter, comme pour rattraper le temps passé à travailler chacun de son côté entre deux courses. J’ai parfois l’impression d’être entouré des super-héros Marvel et d’être un simple mortel dénué de super-pouvoirs….Va falloir être au niveau! Comme dit André : « tu as tes propres compétences et ça suffira, ne t’en fais pas ». Je prends beaucoup de plaisir à faire la connaissance de ces nouveaux visages dans ma galerie de portrait de ce ceux qui ont fait le choix de travailler dans les sports mécaniques, option véhicules historiques : Guillaume, Jean Luc, Baptiste…Je retrouve Jean Luc que je connais de chez Christian (Drive Control) où il vient bosser de temps en temps sur les voitures de l’école entre deux chantiers ou deux assistances en course. Un tout petit monde, décidément ! Le temps s’écoule lentement et on travaille avec André sur différents sujets entre deux phases de repos. A défaut de super-pouvoir, j’essaie d’apporter ma contribution à l’édifice, notamment sur la partie budget des opérations du garage. 17h15, coup de fil du garage, on a oublié une caisse! Ce n’est pas des pièces indispensable mais on sait que c’est un risque de panne et d’abandon potentiel. 600€, c’est le coup d’un envoi sur Agadir. On écarte cette option et cherche une solution. Nous la trouvons. Nous récupérerons ces pièces à temps par l’intermédiaire d’une personne rejoignant le Rallye par avion.
16 et 17 mai : Veillée d’arme. 48h avant le départ. Installation à l’hôtel, Agadir. Frank finit ses reconnaissances, nous l’attendons. Nous on récupère du voyage, s’approvisionne de ce que nous pensons risquer de manquer et l’attendons. Coup de théâtre ou coup du sort? La 911 était garée, frein à main hydraulique et première engagée. Au moment où nous sortons pour l accueillir sur le parking de l’hôtel, elle a disparu de sa place! Mais nous apercevons Frank et Martine, le visage fermé devant la Gazelle : Elle a dévalé la légère pente en marche arrière pour finir en travers du parking et s’immobiliser en marche arrière sur l’herbe. Elle a escaladé le trottoir, frôlé un poteau, ce qui a laissé une trace sur l’aile arrière gauche. Marque jaune et légèrement enfoncée, seule l’aile est vraiment touchée. Un miracle. A se demander si elle ne devait pas être trop impatiente de retrouver son propriétaire… N’y tenant plus, elle lui a barré la route. Bavette et passage de roue remis en place, aile redressée et polishée nous sommes à nouveau prêt!
Coaching : Nous partons reconnaitre l’ES1. On utilise le Pajero, Martine, Frank et moi.  Je me retrouve dans une situation que peut de monde à du vivre : Entre un pilote et sa copilote en pleine spéciale. Martine sur la banquette arrière du Pajero loué par Frank pour son parcours de reconnaissance. Frank au volant. Moi à la place passager dans mon rôle de moniteur de pilotage. Nous voilà lancé à vive allure sur l’ES1, Paradis Plage. Le Pajero est lourd, sous motorisé et terriblement efficace. En mode propulsion, l’action sur l’accélérateur vient stabiliser son train arrière sans accentuer les dérives. Sa direction mord la piste de ses énormes roues avant comprimées par la masse du véhicule. Efficace et placide sont les termes qui résument le mieux sont comportement. Du coup difficile de juger du pilotage de Frank. Impossible d’intervenir dans la spéciale, Martine annonce les virages, Frank Pilote, j’écoute et observe. Mes conclusions seront quelques peu prophétique à mon grand regret : Attention, en reprenant le volant de la Gazelle, tu risques de devoir travailler ton dosage accélérateur et freiner ta tendance à mettre trop de volant. L’efficacité du Pajero pouvant masquer les défauts et même déformer par son absence de besoin de finesse dans le dosage de l’accélérateur.
Enfin,  on s’installe au Parc des vérifications après avoir pris le temps de nous organiser autour d’une table dans notre vaste chambre de garçon (rapport au rangement – dixit Martine). Là, nous attaquons la finition, les détails. A trois, nous pouvons pousser dans le détail. Je finis la journée par un raid course de dernières minutes. Je débusque enfin une paire de téléphones Marocains, indispensables tant la couverture est mauvaise et le coup de communication élevé pour une ligne française. Puis je découvre l’hypermarché d’Agadir. De quoi, s’approvisionner pour prendre soin de notre équipage. Ma surprise en assistance est trouvée, ce sera un bon jambon cru dans du pain de mie beurré. Mais ça ce sera lundi, avant cela, dimanche nous attend avec son ES1 après un déjeuner au Paradis Plage Agadir…
Dimanche 18 mai, ES1 : La grosse grosse claque! On prend la direction du Paradis Plage Agadir. Cet établissement porte très bien son nom. Dans la cour d’honneur, nous retrouvons les 91 partants. Superbement garées dans cet écrin au couleur de la terre du Maroc, ocre, entouré d’une végétation luxuriante, face à l’ océan, l’ensemble des voitures au départ sont réunies. Divin. Commence alors une langoureuse attente, au son d’une musique électronique d’ambiance autour d’une piscine immaculée. Un discours plein de passion par Yves Loubet suivi d’autres intervenant, puis un déjeuner savoureux précède le départ : Toutes les 2 minutes, chaque engagé suit la numéro 1, la 037. Pannizi claquera le scratch sur sa Peugeot, cocorico! Il n’est pas venu pour amuser la galerie… Pour notre part, nous terminons 40ieme. Frank est déçu. A chaud, nous pouvons mettre cela sur le besoin de reprendre en main la gazelle et sur la nervosité propre à une procédure de départ constellée de cadors. A froid, sa performance est bonne. Il fallait préserver l’auto pour cette longue course et devant, les égos se sont livrés bataille sans pitié. Ces écarts sont très corrects et augurent du meilleur avec les 4 spéciales de demain…
Lundi 18, ES 2 à 5 : Changement de fréquence. Frank est sur la bonne longueur d onde. On finit sur Mars à Taffraout pour un bivouac. Des spéciales offrant plus de vitesse et plus de lignes droites entre chaque virage sont le terrain de jeu idéal pour Frank, à l’aise dans le rapide. Son expérience sur circuit l’aide à se sentir très à l’aise dans le rapide. Du gros coeur pour ce pilote vraiment généreux.
Petits pépins. Sans gravité. Un soufflet de cardan et un ralenti instable. Probablement à cause d’une qualité médiocre du carburant. Nos additifs ne suffisent pas. André retouche le réglage de l injection en conséquence pour aussi tenir compte de l altitude. Je m’habitue a me positionner seul en assistance rapide. Une chose de plus que je fais pour la première fois. Vie de fou! J’adore. Ma femme et ma fille me manquent. Faut vraiment qu’on travaille ensemble… La vie sans elle n est pas mon idéal, décidément. Frank et Martine remontent au classement. Ils devancent des pointures. Nous nous en réjouissons avec prudence mais espoir. Je le sens bien ce Rallye. Mon intuition ne me décevra pas.
Mardi 19, ES 6 à 9 : Le rythme s accélère. Les liaisons, course ou assistance sont de plus en plus intenses. Nous roulons à très vive allure pour être aux rendez-vous d assistance. Un rallye à l’ancienne. Prudent mais vite. Notre seul faux pas, un loupé tout simple en entrée d’ES 8, notre voiture et notre assistance ne se voient pas et se ratent. Notre pilote, énervé va du coup, réaliser son meilleur résultat au scratch avec un 11ieme temps. Extra! On debrief le soir et tout rentre dans l’ordre. Comme quoi la colère est parfois un moteur. Banzaï! Le rallye est très dur avec les mécaniques. Une chapelle d’amortisseur enfoncée hier, une jante abîmée ce soir. Notre 911 tient bon mais elle est soumise à très rude épreuve. Les abandons sont nombreux, y compris au niveau des favoris.  Le Rallye est encore long, mi-course demain, un sacré défi que cette édition 2014.
Demain nous attend les ES les plus cassantes. Si tout va bien, on aura du boulot demain, ce qui veut dire qu’on sera à l’arrivée de l ‘étape. Frank et Martine on prévu de sacrifier la performance sur cette journée. Tout devrait bien se passer. Vite, dormir et recharger les batteries.
Et c’est à partir de là que tout à basculé. La mi-course et son sacrifice de la performance a porté ses fruits. Le nombre des équipages pénalisés ou réintégré à grossi. Notre voiture est rentrée au bercail sans encombres. La remontée au classement allait se poursuivre jusqu’à atteindre notre objectif, un top 20. Nos opérations d’entretiens chaque soir ont visé la fiabilité avant tout. Nous avons fait quelques expériences pour gagner en performances. Bref, nous avons fait la course! Cette course a alors gagné en intensité. C’est simple, il m’est devenu impossible d’écrire chaque soir. A la journée menée tambour battant au volant du Pajero d’assistance rapide, s’est ajouté 4 heures d’assistance dans lesquelles j’ai trouvé de plus en plus ma place autour du travail d’André et Eric. En plus, il fallait que je prenne soin de la logistique et du confort de l’équipage. Du coup, le matin il fallait pas trainer pour prendre en charge les bagages tout en assurant les mises en route et sorties de parc fermé. En vrac, je me souviens d’avoir fait des sandwich à 6h du mat, fait mon sac à 2h du mat, m’être relevé pour charger des téléphones en pleine nuit, m’être endormi en rentrant des points GPS dans mon application Tom Tom Maroc, tout se bouscule dans mes souvenirs. Le virus du mécano d’assistance m’a progressivement un peu plus gagné. Comme un pompier qui en vient a souhaiter la grosse intervention, je guettais la roue dégonflée pour avoir a changer une roue en cinq-sept. La qualité des yokohama terre en décida autrement, j’ai du me satisfaire d’assurer une couverture sécurisante à Frank et Martine à chaque sortie de spéciale et sur la plupart des liaisons. Enfin si! Y a un truc important et inattendu, quand André et Eric se sont fait arrêter par le seul policier qui devait ignorer l’existence du Rallye j’ai un peu sauvé le coup en ravitaillant d’une double dose de 20litres de sans plomb en sortie de spéciale pour permettre à l’auto de rallier l’arrivé de l’étape du jour (nous ne pouvions probablement pas compter sur l’assistance planifiée ensuite, je  me suis dépanné auprès de collègues sympa posté près de moi). Pour finir, j’ai trouvé les plus belles routes que j’ai roulé à ce jour (les belles routes de Californie ont cédé peur première place) et j’ai roulé plus longtemps que jamais à très vive allure, une journée j’ai fait 700 bornes à une moyenne qui m’était inconnue sur route ouverte. Les ligne blanches devenaient discontinues, les véhicules rattrapés des formalités, la vigilance et la prudence aussi constante que le rythme devait rester stable et élevé. J’ai vécu le Rallye et l’assistance à l’ancienne. Inoubliable, riche et fort. Ce que propose Yves Loubet ce n’est pas simplement de courir au volant de voitures anciennes, c’est de vivre l’expérience qui était vécue à l’époque  dans des conditions de confort et de sécurité compatibles avec notre époque et ça, c’est unique! Un rêve, tout simplement.
Tout ça pour dire que 15 jours ne m’ont pas suffit pour y voir clair. C’est probablement normal. Ce que je sais c’est que cette expérience est déterminante pour moi. J’ai vécu ce que je ne pouvais qu’imaginer. Mon approche de moniteur de pilotage sur terre s’en trouve définitivement changée. J’ai de nouvelle idées d’exercices, une nouvelle approche pédagogique, et  je partage maintenant l’expérience de ceux qui courent ou projettent de courir dans ce type de compétition sur terre. Depuis mon retour, deux conséquences : J’introduis dans mon travail chez Drive Control cet enrichissement & je me prépare au Maroc 2015 dans le but d’être à nouveau engagé aux côtés du Team Caruso au service de Frank et, je l’espère d’autres engagés. A cela s’ajoute une priorité toute naturelle : proposer à Frank de nouvelles expériences pédagogiques pour accompagner la progression de ses performances derrière le volant dans ses futurs projets de course. 
Finissons par l’image qui résume pour moi le plus l’esprit de cette expérience :
Fous
Merci  à tous ! Yves Loubet, Frank Servais, Martine Rick-Place, André Caruso, Eric Minot, Christian Domergue, Laurent Clutier, mes proches et tout le clan Caruso sans qui rien de ce que j’ai vécu n’aurait existé ni eu cette saveur.
Ci dessous le diaporama que j’ai réalisé à partir des photos que j’ai pris tout au long du Rallye.

A propos de Julien GUYOT

Moniteur de Pilotage et organisateur de stage, terre et asphalte. Formé chez Drive Control. Je travaille aujourd'hui à 80% sur la terre et 20% sur l'asphalte.

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