Maroc 2015 : RECIT 5 commentaires


Voilà maintenant une semaine que je suis rentré. A peine arrivé, juste le temps de souffler et me voici reparti pour le Castellet où j’avais rendez-vous pour 2 jours de travail au service du Club Porsche de Genève. Ce fut un brutal changement de contexte mais cela m’a remis le pied à l’étrier. Revenons en au Maroc.

J’espérais cette année pouvoir poster régulièrement, trouver le temps chaque jours de partager avec vous le récit de chaque jour mais cette fois ci j’en suis certain, c’est impossible. L’intensité de chacune des journées de course rend cela impossible. Par contre, j’ai réussi les jours précédent la course à partager un peu mais les difficultés de communications des données à l’étranger on rendu cela laborieux et couteux. Donc, à l’avenir, je ne prendrais plus la peine d’essayer. Dans ce type de mission, toutes mes ressources sont orientées et utilisée par la course.

Le Rallye du Maroc 2015 fut pour nous une véritable épreuve. En partant, nous cherchions notre dose d’aventure, nous confronter à des défis, nous risquer dans des situations inattendues ou périlleuses, et bien, cette fois nous avons trouvé une épreuve à surmonter. Parfois, entre nous, on a commencé à trouver que ceci ressemblait à un jeu vidéo des années 90 où nous affrontions les boss de fin de niveau pour recommencer de nouveaux tableaux et finir sur de nouveaux boss plus forts que les précédents…

Dix jours avant le Rallye j’ai véritable mis la tête dans le guidon. A partir d’une check list que je n’ai cessé de densifier, je me suis lancé dans une préparation de détail intensive. Je ne pourrais en faire l’inventaire ici mais ce qui est certain c’est que ce fut divers et varié. Faire changer le pare-brise de camion d’assistance qui s’est fendu sur la route quelques jours avant le départ, dénicher une roue de secours pour la remorque, faire corriger une erreur de frappe sur notre carte verte d’assurance, installer la gopro, tester les casques, sticker la voiture, envoyer de jolies photos du résultat à son propriétaire, établir une liste de préparation des pièces et fournitures d’assistance, tanner les uns et les autres… Bref, préparer.

A cela s’ajoute la préparation de l’assistance. Commander les cartes Michelin, les gommettes et les fluos. Tracer les cartes à partir des informations disponibles sur le site de l’organisateur. Définir les itinéraires d’assistance (fourgon et rapide). Celui-ci servira de base, nous l’adapterons ensuite la veille de chaque nouvelle étape, une fois l’assistance terminée.

Pour cela, relever tous les points GPS dans les plus de 270 pages du road book et les compiler dans l’outil que je me suis fabriqué. Il compile les distances en liaison, spéciales ainsi que les horaires de la première voiture. Son but, me permettre de calculer les consommations, prévoir les volumes de carburant, connaitre à chaque CH le niveau de carburant théorique dans la voiture et ainsi, sans prendre trop de risque, tenter de soutenir la performance attendue par un emport de carburant offrant le bon compromis risque – poids. Autre intérêt, au jour le jour, nous permettre de facilement valider nos itinéraires d’assistance du lendemain et nous adapter pendant la journée aux aléas de la course pour, rapidement, déterminer un temps et un itinéraire pour nous rendre là où la voiture de course peut avoir besoin de nous. Niveau timing, nous nous calerons sur l’horaire de la première voiture pour avoir la petite marge qui permet d’arriver et se mettre en situation de fournir notre prestation d’assistance. Quand je repense à l’an dernier, quand je m’endormais le roadbook sur le nez et le GPS allumé je me rend compte que j’ai bien fait. A la place, j’ai pu m’occuper d’autres choses nécessaires et avoir le recul supplémentaire pour mieux faire en général. Cela ne m’a pas empêché de finir tard et fatigué mais ça c’est finalement normal dans un Rallye Historique comme celui ci.

Pour résumer, je me rend compte que j’ai, jusqu’à ce Rallye eu des expériences idéales de la compétition. Associé à mon enthousiasme naturel, j’étais passé à côté de la réalité. Maintenant, je peux dire que je sais ce que c’était l’assistance « à l’époque » au travers de ce qu’est aujourd’hui l’assistance en compétition historique, une vraie épreuve. Les véhicules d’assistances sont plus sûrs et performants mais la route est bien plus peuplée d’usagers qui vivent une vie à 1000 lieues de nos préoccupations et de notre empressement. Certains des nouveaux concurrent nous ont même dit sur le bateau retour que c’était plus dangereux aujourd’hui du fait de la densification de la circulation. L’un d’eux ayant connu la course en 1975, âge d’or. J’en partage le point de vue, je crains même qu’à l’avenir des drames surviennent sur la route pour les équipes d’assistance. Cela fait partie de ce à quoi je vais devoir réfléchir avant de repartir pour de nouvelles aventures là bas.

Nous voici donc embarqué sur ce bateau nommé Fantastic. Comme je l’ai écrit sur le moment c’était le temps des derniers préparatifs, de la petite récupération juste avant de poser pied à terre. Sur ce bateau, la plus belle image c’est celle de ces 2 vieux Marocains qui faisaient ensemble un Sudoku comme nous faisons un jeu vidéo à deux. Avec l’interaction en plus, la dépendance à une charge de batterie et un wifi en moins ! Tout ça avec un livre de jeu comme on en trouve chez nous sur le chemin de la plage, un crayon et une gomme. Le convivialité était au rendez-vous, comme coupés du monde alors que nous faisions la queue devant eux pour faire les formalités douanières à bord du bateau avant d’accoster. Une image qui m’a marqué.

Débarquement. J’ai dormi un nombre d’heure anormal sur ce bateau. Je ne m’attendais pas exactement à la suite mais je la sentais pas cette douane. Je ne fut pas déçu. Plus de 8 heures pour parvenir à remplir une dernière fois pour toute ce fichu formulaire vert et repartir avec ce précieux sésame, indispensable pour rentrer chez soi ensuite.

Direction Agadir. Plus de 7 heures de route à faire après plus de 8 heure d’attente sur le port. Ou comment rentrer tout de suite en mode effort. On arrive très tard le soir à Agadir. C’est le même hôtel que l’an dernier, l’Anezi. La chambre est spacieuse. Le frigo fait un ramdam d’enfer. On tombe de sommeil. La voiture de course est à bon port. Nous sommes dans la course.

Le lendemain, c’est les vérifications techniques et administratives. Là je sens que je commence à avoir l’habitude. L’ensemble des papiers sont prêt depuis un moment. J’ai même vérifié les dates de validité des équipements de la voiture et de l’équipage. Tout est ok. Cette étape est une formalité. Cette journée est aussi différente de l’an dernier au niveau de ce que j’ai à faire. Les courses ont été faite avant de partir, nous n’avons pas à trouver des bricoles sur place comme des piles, une jauge en bois etc. Je sens ce jour là l’apport des jours de préparation au Garage cumulé à ma propre connaissance de ce qu’il nous faut pour débuter sereinement.

Jour du départ. Aujourd’hui c’est le prologue. L’ES1 est sélective et non représentative. C’est la spéciale qui ne ressemble à aucune autre dont va dépendre l’ordre de départ. Il va falloir assurer pour ne pas gâcher ses chances dès le début tout en défendant sa position. Portant le numéro 18, Frank et Valérie confirme cette position avec un 16ième temps. Plus de 40 secondes sont gagnées sur la même spéciale par rapport à l’an dernier. Mis à part le passage aux Pirelli, je crois bien que la cause se situe dans l’habitacle… Frank a eu le déclic. Moins il met de volant, plus il va vite. Enfin! Je ne regrette pas de l’avoir invité à un stage de pilotage conventionnel de l’école Drive Control. C’était à l’arrivée du Tour de Corse. Il est venu à reculons du fait du côté ascétique  de ce régime sans Porsche et à traction avant, mais aujourd’hui je me dis que j’ai bien fait d’insister, d’oser être presque lourd sur le sujet. Ce stage « classique » de Drive Control est une référence, résultat de longues années d’expérience. Il a encore fait ses preuves sur ce coup là. Commencer par des tractions avant toutes simples, soigner les inscriptions, attendre, doser, coordonner, précis, calme, le regard à la fois précis et global, la roue dans la trace… Alain Devezza qui allait connaître l’enfer ensuite donnait ce  conseil aux nouveaux Nicolas, Philippe, Christophe et Manu : « Roule dans la trace. Elle te guidera, en t’apportant du grip et la bonne direction naturellement. » Ils l’écoutèrent avec la crédibilité que l’on confère a celui qui est passé par le chemin que tu t’apprête à emprunter (Et qu’on doit répéter 80 fois par jour en stage…). Conclusion : Etape 1, OK.

Rappel. Cette édition nous assistons Frank Servais et Valérie Closier, sa nouvelle copilote. Au départ, il y a aussi 2 autres équipages Suisse. Philippe et Nicolas se partagent le volant d’une Mercedes 350 SLC. Christophe et Manu sont eux dans la seule 924 turbo au départ de cette édition. Tous les 6 sont venus en stage à Monteils. Je leur ai organisé un stage mixte. Jour 1 : Programme basé sur le format évolution de Drive Control mais au volant de leurs autos. Jour 2 : Mise en situation dans la grande spéciale sur un tracé complexe avec, en main, des notes « à la Loubet » que j’ai fabriqué avec Pat. Notre copilote et ami, avec lequel, à force de déjeuner et cerner sa passion, je me suis dit : avec lui, on doit faire ça! Nicolas me confirmera la justesse de cette étape dans sa préparation au détour d’un verre à l’arrivée. Cette confirmation est très importante pour moi. L’ensemble de cette Squadra Helvétique se nomme : Le team Coyotte. Du coup, on s’amuse à coller sur nos véhicules d’assistance les sticker donnés par Christophe avec des Bip-Bip en mode course.

L’occasion de saluer l’équipe du Garage Moderne qui a fait un sacré boulot pour arriver prêt à affronter le Rallye du Maroc. Nebi, Lionel et Franco ont bossé comme des fous avant et pendant ce Rallye, en retour la course leur a offert sa plus belle récompense, franchir la ligne d’arrivée avec au soir de celle-ci le sourire et l’envie de revenir. Bravo messieurs et vivement la suite alors ! Leur dispositif a fonctionné. Cela me fait plaisir pour la bonne est simple raison qu’il reposait sur l’architecture que j’avais étudié et proposé. Bon, j’avais pas prévu le camion énorme à la place du fourgon qui va d’étape en étape mais la dimension de l’effectif, l’utilisation d’un véhicule d’assistance rapide avec 2 mécano dedans, c’était prévu. L’innovation c’est d’utiliser un mécanicien local pour passer de 3 à 4. Bonne idée. A garder dans un coin de ma tête. Le mystère c’est comment notre proposition n’a pas pu passer alors que celle effectivement réalisée ne peut que coûter plus cher vu les moyens mis en oeuvre? Probablement, parce qu’assister des voitures que l’on a pas construite est contre nature. Dans tous les cas, c’est avec un grand plaisir que nous avons partagé cette compétition tous ensemble et je suis vraiment content de voir que la Mercedes et la 924 sont à l’arrivée. J’attend maintenant avec impatience la suite. Ce Maroc a toujours un gout de reviens-y…

 

Le summum du drame de cette année a été atteint quand un des pilote a été fauché par un autre concurrent. La règle de ne jamais rester près d’une voiture sortie de la piste est vraie. Y revenir comme il semble que ce soit le cas est tout aussi dangereux. Quoi qu’il en soit la fatalité est cruelle. Je suis encore triste de ce moment alors que ceci est maintenant arrivé il y a presque un mois. Récemment j’ai croise quelqu’un qui connaissait cet homme qui était un grand passioné. Cet événement contribue à la dimension mature des conclusions personnelle que je fais de cette aventure.

Péripétie. Alors que la Gazelle était à l’agonie, Frank tirait sur ce moteur dans l’espoir de rallier l’arrivée, mon Duster a pris feu ! Une batterie de parc dans le coffre est entrée en court circuit. Les vapeurs d’essence du jerrican de 20 litres situé dans ce même coffre s’enflamment immédiatement. Je fais mon freinage d’urgence de l’année. M’assure que Giuseppe, le fils d’André Caruso, est sorti et loin de la voiture, puis je m’attaque à éteindre l’incendie. Je sauve quelques affaires après 4 extincteur passés et un Jerican de 20 litres jeté au loin comme si il était vide (magique adrénaline…). Je décroche alors mon téléphone pour prévenir André, il m’annonce alors que Frank a abandonné. Fin de la course. Fou ce concours de circonstance!

Péripétie suite. Le lendemain, nous passons faire les formalités chez Hertz et repartons avec une autre voiture de location. Nous ne sommes pas sur la route depuis plus d’une heure que nous apprenons que cette fois c’est le camion d’assistance qui rencontre un problème. Le roulement du moyeu arrière gauche a lâché. 6 heures sur le bande d’arrêt d’urgence, un dépannage à deux dépanneuse de l’ensemble roulant, un train arrière complet débusqué par le petit garagiste de Rabah plus tard, il est 0h30 est nous arrivons enfin à Tanger. Fin de l’aventure.

Enfin, nous n’en sommes pas certain. Nous nous mettons même à rendre tout conditionnel, hypothétique. « Inch Allah » rentre dans notre vocabulaire. Avec Eric, nous avançons notre départ comme pour avoir plus de temps pour faire face aux imprévus sans arriver plus tard que prévu. C’est finalement avec 2 jours d’avant que nous rentrons chez nous. Fin de l’histoire.

Il m’aura fallut un moment pour sortir de ce Rallye. Remettre les choses en place. Trouver une voiture de remplacement à celle qui a été détruite la veille de mon départ (ma femme s’est fait rentrer dedans sur un rond point), remplacer mon iphone (merci Frank) et   gérer les pannes aléatoires du Mac qui a pris tant de fumé dans ce Duster (je croise les doigts pour qu’il tienne le coup le plus longtemps possible…). Bref, une incroyable aventure, pleine de galères.

Parfois, on cherche du Rock’n Roll et on trouve du Heavy Metal!

C’est donc près d’un mois après l’arrivée que je complète et termine cet article. Je vous remercie de votre curiosité pour ce récit et vous félicite d’avoir tenu sur sa longueur. Cela faisait longtemps que je n’avais pas posté un article aussi dense.

Julien

 

 

 


A propos de Julien GUYOT

Moniteur de Pilotage et organisateur de stage, terre et asphalte. Formé chez Drive Control. Je travaille aujourd'hui à 80% sur la terre et 20% sur l'asphalte.

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5 commentaires sur “Maroc 2015 : RECIT

  • Christophe Barthe

    Quel plaisir de lire le récit de cette aventure commune !
    Je brûle d’y retourner et suis impatient de passer par Monteil (Drive Control) pour affiner ma technique et élever mon niveau.

  • maxime lemesre

    Que de péripéties!!! Bravo à toi et à toute l’équipe Caruso, vous avez accompli un magnifique travail et avez toujours su retomber sur vos pattes!!! Bravo franck et valérie pour les magnifiques chronos!!! Continue à écrire, c’est super ton témoignage..et au fait: Vive Porsche en ce lendemain de victoires au Mans!